Ostéopénie et course à pied : Impact de la musculation

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L’ostéopénie est une baisse de la densité minérale osseuse, un état physiologique intermédiaire entre l’os normal et l’ostéoporose. Il est question d’ostéopénie, lorsque la valeur de la densité minérale osseuse est comprise entre -1 et -2.5 écarts-types par rapport à la moyenne prise pour référence (sujets en bonne santé, du même sexe et du même âge). Au-delà, il est question d’ostéoporose. Il est généralement considéré qu’à partir de 40-50 ans, l’être humain commence à perdre son capital osseux, et ce, jusqu’à sa mort, avec des facteurs aggravants, comme la ménopause chez la femme, par exemple. Cette ostéopénie est dite physiologique, c’est-à-dire, normale… Toutefois, ce n’est pas un phénomène inéluctable. A l’instar de la masse musculaire, la masse osseuse peut être stimulée grâce à des contraintes mécaniques induites par l’activité physique.

Cependant, toutes les activités physiques n’ont pas un impact identique sur le squelette. En effet, seules les activités soumises à de fortes contraintes permettent d’engendrer une stimulation telle que la formation de tissus osseux sera supérieure à sa destruction. La course à pied fait partie de ces activités où le corps est soumis à des contraintes mécaniques à chaque pose de pied. Mais paradoxalement, de nombreuses études ont rapporté de faibles densités minérales osseuses chez des coureurs de fond, féminins et masculins…

Tout d’abord rencontré chez l’athlète féminine, ce problème a été nommé la triade de l’athlète féminine, un ancien concept qui associait des troubles du comportement alimentaire et des troubles hormonaux avec l’ostéoporose. Toutefois, plusieurs études ont montré que des athlètes masculins présentaient également des problèmes similaires et que ce problème était la conséquence d’un phénomène plus général issu d’un déficit énergétique par rapport aux besoins journaliers des athlètes, ce qui en retour affecte de très nombreux processus physiologiques. C’est pourquoi ce syndrome a été renommé « Relative Deficiency Energy in Sport » (RED-S), soit le déficit énergétique relatif dans le sport. De nombreux athlètes pensent parfois qu’en étant plus mince, ils auront un avantage compétitif, notamment dans les sports à catégorie de poids, ou dans les sports où la masse corporelle doit être déplacée sur de longues distances. Cette inadéquation entre l’apport et les dépenses caloriques est le principal problème sous-jacent à ce syndrome, et il touche les femmes ET les hommes. Qu’en est-il de l’ostéopénie chez des coureurs loisirs, quel impact aurait l’ajout de séances de musculation dans le programme d’entraînement sur la densité minérale osseuse, sachant que La musculation est connue pour ses conséquences positives sur la densité minérale osseuse ?

 

L’étude réalisée

Pour répondre à cette question, une équipe de chercheurs américains a étudié la relation entre la musculation, la concentration en testostérone, des marqueurs biologiques du métabolisme osseux et la densité minérale osseuse de jeunes coureurs masculins. Pour cela, les auteurs de l’étude ont recruté 25 jeunes hommes caucasiens (23-32 ans) et les ont répartis en 3 groupes :

  • Groupe Contrôle (n = 8) : Toutes les personnes de ce groupe pratiquaient moins d’une heure d’exercice par semaine.
  • Groupe Course (n = 8) : Personnes courant au moins 32 km par semaine, et ne pratiquant pas de musculation.
  • Groupe Course + Musculation (n = 9) : Personnes courant au moins 32km par semaine et pratiquant au moins 1 séance de musculation hebdomadaire.

Pour tous les participants de l’étude, une ostéodensitométrie a été réalisée pour le corps entier et pour certaines régions particulières : le fémur proximal, le col du fémur, la région trochantérique et la région lombaire (L1-L4). De plus, une analyse de sang a été effectuée pour mesurer les taux de testostérone (total et libre), de vitamine D et des marqueurs biologiques qui aident à la formation osseuse ou préviennent sa dégradation et ceux qui aident à sa dégradation et qui suppriment sa formation.

Résultats & Analyses

Les principaux résultats de cette étude montrent que chez des coureurs loisirs, la densité minérale osseuse ne diffère pas de celle de personnes ne pratiquant aucune activité physique régulière. Alors que pour les coureurs pratiquant au moins une séance de musculation hebdomadaire, la densité minérale osseuse est significativement supérieure (Fig. 1). Le groupe Course courait significativement plus (69.1 ± 24.3 km / semaine) que le groupe Course + Musculation (44.8 ± 13.8). Toutefois, une analyse statistique a montré que le volume de course hebdomadaire ne contribuait pas aux différences observées. Ces résultats semblent indiquer que la course à pied seule n’est pas un stimulus suffisant pour provoquer une stimulation de la masse osseuse.

Mesure de la densité minérale osseuse chez les 3 groupesFigure 1. Mesure de la densité minérale osseuse chez les 3 groupes.

Au niveau de l’analyse sanguine de testostérone, aucune différence n’a été observée entre les 3 groupes, dont les concentrations étaient comprises dans la normale (Fig. 2 et 3). Enfin, au niveau des concentrations des marqueurs biologiques influençant le métabolisme osseux, seule une différence significative au niveau de la vitamine D a été observée pour les groupes Course (22.9 ± 2.4 µg/L) et Course + Musculation (26.0 ± 3.0 µg/L) en comparaison au groupe Contrôle (13.7 ± 1.2 µg/L). Dans tous les cas, ces taux sont considérés comme insuffisant.

Mesure de la testostérone totaleFigure 2. Mesure de la testostérone totale… (Cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Mesure de la testostérone libreFigure 3. Mesure de la testostérone libre… (Cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Globalement, ces résultats suggèrent c’est la musculation seule qui influence la densité minérale osseuse. De plus, le manque de différence entre le groupe Contrôle et le groupe Course montre qu’il n’y a pas signe d’ostéopénie chez ces coureurs loisirs. Les études scientifiques réalisées sur le sujet suggèrent qu’un volume faible à modéré de course à pied peut mener à une augmentation de la densité minérale osseuse (en comparaison à des personnes sédentaires) tandis qu’un haut volume de course pourrait effacer ces bienfaits. Évidemment, l’intensité joue également fortement, puisque les sprinteurs et les sauteurs ont généralement une densité minérale osseuse très élevée.

Applications pratiques

Les résultats de cette étude montrent que la course à pied loisir n’est pas suffisante pour permettre une stimulation efficace de la densité minérale osseuse, mais que l’ajout d’au moins une séance de musculation hebdomadaire suffit à l’augmenter significativement. Ainsi, même si la course à pied à volume modéré permet de stimuler légèrement la densité minérale osseuse, plus le volume augmente moins l’impact sera grand. Incorporer la musculation (ou des activités intenses, comme des sprints) avec au moins une séance par semaine permettrait non seulement de contrecarrer ces effets négatifs, mais également de renforcer le capital osseux.

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